Le coup de Poker de Peugeot

peugeot-citroën

Le chevron tombé dans les griffes du lion

 

Il y a une question qui revient assez couramment, mais comment Peugeot est il devenu PSA Peugeot Citroën, Alliance? Fusion? Rapprochement? Rachat? Bon pour éclaircir ce point, je suis allé comme à mon habitude à la pêche aux infos. Et la réponse est… un rachat qui fait suite à la dégradation financière de Citroën. Pourtant, Citroën fut pendant longtemps l’un des fleurons de notre industrie, cependant entre mauvaise stratégie et modèles boudés par le public, Citroën se retrouvera tout près du dépôt de bilan. Explication

Tout débute dans les années 50 quand Peugeot préoccupé par sa taille jugée trop faible envisage de se rapprocher de Citroën pour augmenter sa production, sa rentabilité dans le but de réaliser des achats, des véhicules en commun et de pouvoir conjointement se développer à l’étranger. Finalement en faisant le parallèle avec notre époque on se compte que rien n’est nouveau.

Pourtant, l’état major de Peugeot conscient des bénéfices d’une telle collaboration jugera qu’il est trop tôt pour tenter une telle opération, et puis Citroën est au top de sa forme et n’a donc pas besoin de Peugeot.

En 1962 les choses s’accélèrent, Peugeot prend contact avec Citroën pour les prévenir qu’il sont en train de mettre au point une suspension pneumatique. Pourquoi me direz-vous prévenir un concurrent? Concurrent peut-être, mais son propriétaire Michelin est un ami et partage avec Peugeot des valeurs communes, celle des firmes privées, familiales et provinciales.

François Michelin

Le propriétaire de Citroën, François Michelin

L’entrevue entre Jean-Pierre Peuget, Maurice Jordan et François Michelin relance l’idée d’une alliance voir une fusion des deux marques. François Michelin propriétaire de Citroën laisse le soin à son président Pierre Bercot de traiter les négociations avec Peugeot qui souhaite de son côté créer un groupe à égalité. Mais voilà, Pierre Bercot veut purement et simplement absorber Peugeot, dès lors les négociations tombent à l’eau, en 1965 c’est la fin du rêve de la Général Motors à la française.

psa peugeot citroën

Citroën à bord de la faillite

La suite va chambouler les événements, tout d’abord les choix stratégiques et industrielles de Citroën se révèlent être catastrophiques, les ventes s’écoulent, la rentabilité de l’entreprise s’effrite, alors que Peugeot de son côté va bien et ne cesse de s’améliorer en atteste les succès des 204, 404, 504 en France quand celles du chevron ramassent les miettes.Et puis il ne faut oublier que Renault lui aussi vend très bien ces modèles.

Le coup de grâce pour Citroën interviendra lors du premier choc pétrolier, alors que Peugeot résiste, Citroën dévisse au point de mourir purement et simplement. François Michelin envisage dans un premier temps de vendre la marque à Fiat mais l’état mettra son véto sur le rachat de l’italien. Dès lors, François Michelin décide de venir demander de l’aide à Peugeot refusant par principe l’aide de l’état sous peine d’être nationalisé et de perdre le contrôle de son entreprise.

À la grande armée, c’est la surprise, les dirigeants sont dubitatifs, pour certains c’est l’enthousiasme, pour d’autres il sonne comme un parfum de revanche pour ceux qui ont connu l’épisode de 1965. Que faire accepté ou refusé?

Pour les analystes de la maison Peugeot, un refus signifierait une nationalisation de Citroën, ce qui ferait avec Renault déjà nationalisé, un pôle automobile nationalisé de 60% ou alors que Citroën tombe dans les griffes d’un investisseur étranger. La conséquence d’un rapprochement Renault-Citroën serait pour Peugeot un isolement qui le précipiterait vers la faillite et puis François Michelin n’avait aucune envie de vendre Citroën à Renault ce qui énervera beaucoup ce dernier. Dorénavant le lion n’a plus le choix, il doit accepter.

peugeot204

La Peugeot 204 contribuera à la bonne santé financière du lion

1 milliard pour Peugeot

Pourtant, le négociateur François Gautier président de Peugeot va tenter un coup de bluff . Sa stratégie est simple, n’étant pas demandeur Peugeot ne déboursera pas un sou, cela se fera avec l’argent des autres, celui de l’état en l’occurrence (on parlera d’un milliard), et ce, dans l’intérêt général.

Un coup de maître pour Peugeot! Enfin, le rêve de devenir une General Motors à la française va devenir réalité permettant ainsi au lionceau d’obtenir des volumes comparables à la régie Renault. Un rachat plein de malice, un peu comme ces joueurs de poker qui font du bluff.

Un accord de principe est donné le 24 juin 1974, Citroën est sauvé. Deux ans plus tard en avril 1976 Peugeot SA devient PSA Peugeot Citroën, Peugeot rachetant 90 % du capital de Citroën à Michelin. L’année suivante, Peugeot revend Maserati à De Tomaso(eh oui!) qui était la propriété de Citroën ( le moteur de la SM provenait de chez Maserati).

Le rêve d’une Général Motors à la française tant désiré par les dirigeants du lion se concrétise enfin leur donnant même encore plus d’appétit, avec dans la foulée le rachat en 1978 de Chrysler Europe. Une absorption qui provoquera une grosse indigestion au lion, mais cela est une autre histoire….

You may also like...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge