Les 24 Heures du Mans 1992 : la nuit où Peugeot a dominé
Le 21 juin 1992, vers seize heures, sur le circuit de la Sarthe, une Peugeot 905 Evo 1B numéro 1 franchit la ligne d’arrivée des 24 Heures du Mans. À son volant, Derek Warwick, Yannick Dalmas et Mark Blundell. Derrière eux, à un tour, la 905 numéro 2 termine deuxième. La marque au lion vient de signer un doublé historique. Ce qu’on appelle pudiquement « la nuit Peugeot » au Mans n’a pas été un coup de chance, mais l’aboutissement d’un programme sportif méticuleux entamé trois ans plus tôt.
Un projet né en pleine crise du Groupe C
À la fin des années 80, le championnat du monde des prototypes traverse une zone de turbulences. La catégorie Groupe C, qui a fait les belles heures du sport automobile depuis 1982, doit muter vers une nouvelle réglementation à moteurs atmosphériques 3,5 litres. Mercedes hésite, Jaguar prépare son retrait, Porsche est en transition. Peugeot Sport, dirigé par Jean Todt, voit la fenêtre qui s’ouvre et décide de s’engager.
La 905 est dévoilée fin 1990. Conçue par André de Cortanze sur des bases aérodynamiques très travaillées en soufflerie, elle est animée par un V10 atmosphérique de 3,5 litres baptisé SA35. La version Evo 1, puis Evo 1B introduite début 1992, atteindra autour de 650 chevaux dans sa configuration de course, pour un poids minimum réglementaire de 750 kilos. La première saison 1991 sert d’apprentissage. La seconde, 1992, sera celle de la consécration.
Une course presque sans accroc
Au départ des 24 Heures 1992, Peugeot aligne trois voitures contre une opposition affaiblie. Les Toyota TS010 sont compétitives mais en sous-effectif. Les Mazda et les Jaguar ont déjà annoncé leur retrait. Le scénario favorable se confirme dès les premières heures : la 905 numéro 2 prend rapidement la tête et la conserve une bonne partie de la nuit, jusqu’à ce que la numéro 1 reprenne l’avantage dans la matinée.
L’équipage Warwick-Dalmas-Blundell roule régulier, sans excès, en gérant la mécanique. Les arrêts au stand sont chronométrés à la seconde près. La troisième voiture connaît des soucis et abandonne, mais les deux autres tiennent le rythme. À l’arrivée, le drapeau à damier tombe sur une 905 française qui n’a pas connu d’incident mécanique majeur. Le doublé Peugeot est complet.
L’héritage
L’année suivante, en 1993, Peugeot remettra le couvert avec un nouveau succès aux 24 Heures. Le championnat du monde des prototypes disparaîtra à la fin de cette saison, victime de sa propre instabilité réglementaire et du désintérêt grandissant des constructeurs. La 905 restera donc, dans l’histoire moderne du sport automobile français, comme la voiture qui aura le mieux représenté l’ambition technologique d’un constructeur généraliste.
Quelques exemplaires de la 905 sont aujourd’hui exposés au musée de l’Aventure Peugeot à Sochaux, et l’une d’entre elles a refait quelques tours de circuit lors d’événements de démonstration. Le V10 SA35 reste l’une des plus belles mécaniques de course jamais produites par un constructeur français. Pour en savoir plus sur le modèle dans son ensemble, la fiche complète est disponible sur la page consacrée à la Peugeot 905.
