Peugeot 404
Polyvalence Sortie en1960

Peugeot 404

Première Peugeot signée Pininfarina. Berline, break, pick-up, coupé, cabriolet : la voiture à tout faire.

En mars 1960, au Salon de Genève, Peugeot dévoile une berline aux lignes inhabituellement tendues pour un constructeur français. C’est la 404, signée Pininfarina, qui marque le début d’un partenariat stylistique de quarante ans entre la marque sochalienne et la maison turinoise. Produite en France de 1960 à 1975 et jusqu’en 1988 dans certaines usines africaines, la 404 totalisera environ 2,8 millions d’exemplaires sur l’ensemble de sa carrière. Voilà l’histoire d’une berline familiale devenue taxi en Afrique, baroudeuse au Safari Rally et tracteur à quatre roues dans les colonies françaises.

Carte d’identité
Production
1960 – 1975 (France) / 1960 – 1988 (assemblage local Afrique du Sud, Nigéria)
Style
Pininfarina (premier contrat sériel)
Moteurs
4 cyl. XC 1.6 essence carbu / injection Kugelfischer / Diesel 1.9L
Puissance
65 ch (carbu) / 85 ch (injection) / 56 ch (diesel)
Transmission
Boîte 4 rapports manuels synchronisés, propulsion arrière
Vitesse max
~140 km/h (essence injection)
Production totale
~2,8 millions toutes variantes
Palmarès rallye
Safari Rally : 1963, 1966, 1967, 1968
Cote actuelle (2026)
4 000 – 18 000 € (berline) / 30 000 – 80 000 € (coupé et cabriolet Pininfarina)

Pourquoi confier le dessin à Pininfarina ?

À la fin des années 1950, la 403 vieillit. Lancée en 1955, elle s’est très bien vendue mais commence à paraître datée face aux nouvelles berlines européennes. Jean-Pierre Peugeot, fidèle à sa méthode prudente, ne veut pas changer pour changer : il veut un partenaire stylistique qui garantisse que le successeur de la 403 vieillira bien. Le choix se porte sur Pininfarina, la maison turinoise qui a déjà signé des voitures pour Lancia, Ferrari, Cadillac et Nash. Le contrat est signé en 1957.

L’arrangement est inédit pour Peugeot : Pininfarina est associé à la conception extérieure, à l’aménagement intérieur et à plusieurs études de variantes (coupé, cabriolet). Le dessin final, attribué principalement à Aldo Brovarone chez Pininfarina, montre une berline aux lignes tendues, avec un capot plat, une ceinture de caisse rehaussée et des feux arrière verticaux qui resteront reconnaissables soixante ans plus tard. C’est exactement ce que Peugeot cherchait : moderne sans excès, italienne sans tape-à-l’œil.

Quelle mécanique sous le capot ?

La 404 reprend en partie les organes de la 403 mais avec des évolutions importantes. Le moteur de base est un quatre cylindres en ligne XC de 1 618 cm³, qui développe 65 chevaux en version carburateur. Une version injection mécanique Kugelfischer est introduite dès 1962 et monte autour de 85 chevaux, ce qui en fait l’une des premières berlines françaises à injection grand public.

Une variante Diesel de 1 948 cm³ développant 56 chevaux est lancée en 1963 et trouve immédiatement son marché auprès des taxis parisiens et des flottes administratives. C’est l’un des premiers diesel à grande série dans une berline de tourisme française, et il ouvre la voie à la spécialité diesel qui caractérisera Peugeot pendant trois décennies.

La suspension avant indépendante par bras superposés et la suspension arrière à essieu rigide guidé par bras Panhard donnent un compromis efficace entre confort et tenue de route. La direction à crémaillère, encore rare sur les berlines françaises de cette catégorie en 1960, donne à la 404 une précision de conduite saluée dès sa sortie. Les freins, à tambours sur les premières années, passent aux disques avant à la fin de la décennie.

Peugeot 404
Peugeot 404
Quelles déclinaisons ?

Comme pour la 203 avant elle, la 404 a été déclinée dans une large gamme de carrosseries. La berline et le break Familiale représentent le gros du volume, mais Peugeot et Pininfarina ont également développé un Coupé (production 1962-1968) et un Cabriolet (1962-1969), produits à petit volume dans les ateliers Pininfarina à Turin. Ces deux variantes sont aujourd’hui les plus recherchées par les collectionneurs.

Pour les usages professionnels, Peugeot a développé un Pick-up et une Camionnette à plate-forme rallongée, particulièrement diffusés en Afrique et en Amérique du Sud. Le pick-up 404 reste en production jusqu’en 1988 en Afrique du Sud et au Nigéria dans des usines locales, ce qui en fait l’une des plus longues carrières industrielles d’un modèle automobile français.

Le saviez-vous

La 404 a remporté quatre éditions du Safari Rally au Kenya entre 1963 et 1968, dans des conditions de boue, de poussière et de chaleur qui détruisaient régulièrement les voitures concurrentes plus puissantes. Le pilote victorieux en 1963, Nick Nowicki, racontait avoir crevé sept fois pendant la course et terminé avec un seul amortisseur arrière fonctionnel. Le moteur, lui, n’avait pas bronché. C’est cette anecdote qui a fait la légende africaine de la 404, bien plus que n’importe quelle campagne publicitaire.

Pourquoi cette implantation africaine durable ?

L’Afrique a joué un rôle déterminant dans la légende de la 404, comme elle le fera ensuite pour la 504. Plusieurs facteurs expliquent cette implantation profonde. La voiture a été conçue dès le départ avec une garde au sol importante, des suspensions souples et une mécanique simple à entretenir, ce qui la rendait parfaitement adaptée aux pistes en mauvais état des routes africaines de l’époque. Les pièces mécaniques étaient interchangeables avec celles des autres modèles Peugeot.

Les succès sportifs ont confirmé cette adaptation. Au-delà du Safari Rally, la 404 a été engagée dans plusieurs traversées d’Afrique, des rallyes-marathons et des raids privés. Ces succès ont popularisé la voiture auprès des classes moyennes africaines, qui voyaient dans cette berline la fiabilité incarnée. Pendant plusieurs décennies, la 404 a été le taxi de référence dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, fonction qu’elle a transmise ensuite à la 504.

Que vérifier avant d’acheter une 404 ?

L’état de la coque est le premier point à examiner. Comme toutes les voitures de cette époque, la 404 rouille sur les passages de roue, les bas de caisse, le coffre et les pieds de support de pare-brise. La mécanique, en revanche, est généralement saine et durable si elle a été entretenue régulièrement. Les pièces se trouvent encore facilement, notamment grâce à plusieurs clubs spécialisés actifs en France.

Mieux vaut viser une voiture d’une seule main, ou avec un historique d’entretien suivi. Une injection Kugelfischer demande un réglage régulier et un mécanicien qui connaît le système, ce qui devient rare. Les versions diesel se révèlent particulièrement fiables et économiques à l’usage, mais leur tenue de route est moins flatteuse. Les coupés et cabriolets demandent une expertise plus pointue à l’achat car leur structure spécifique est plus complexe à restaurer en cas de corrosion avancée.

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