Peugeot 504
Indestructible Sortie en1968

Peugeot 504

Voiture de l’année 1969. Indestructible, elle est devenue le mythe automobile de l’Afrique entière.

Septembre 1968, Salon de Paris : Peugeot présente la 504, sa nouvelle berline statutaire dessinée par Pininfarina. Quelques mois plus tard, en janvier 1969, elle reçoit le titre de Voiture de l’année 1969 par un jury de journalistes européens. Lancée en France, fabriquée dans une dizaine de pays, vendue jusqu’en 2006 sous licence au Nigéria, la 504 totalisera plus de 3,7 millions d’exemplaires. Aucune berline française d’après-guerre n’a connu une telle implantation mondiale. Voilà l’histoire d’une voiture conçue pour Sochaux et devenue le symbole automobile de plusieurs générations africaines et sud-américaines.

Carte d’identité
Production
1968 – 1983 (France) / 1969 – 1999 (Argentine) / 1975 – 2006 (Nigéria)
Style
Pininfarina (dessin Aldo Brovarone)
Moteurs essence
4 cyl. XC7 1.8L (80-103 ch) / V6 PRV 2.7L (136 ch)
Moteurs diesel
4 cyl. 2.1L (65 ch) / 2.3L Turbo (80 ch)
Transmissions
Boîte 4 rapports manuels, propulsion arrière. Auto ZF 3 rapports en option
Suspension
Indépendante 4 roues (avant McPherson, arrière bras semi-tirés)
Vitesse max
~175 km/h (injection) / ~190 km/h (V6)
Production totale
~3,7 millions toutes variantes
Distinction
Voiture de l’année 1969 (jury européen)
Palmarès rallye
Safari Rally : 1975 (Andersson), 1976 (Mikkola). London-Sydney : 1er Diesel 1977
Cote actuelle (2026)
6 000 – 15 000 € (berline) / 30 000 – 80 000 € (coupé, cabriolet)

Comment la 504 succède-t-elle à la 404 ?

À la fin des années 1960, la 404 vieillit malgré son succès commercial. Peugeot a besoin d’une nouvelle berline qui occupe le segment supérieur de la gamme, face à des concurrentes comme la Citroën DS, la Renault 16 ou la BMW 1800. Le projet 504 est lancé dès 1962, sous la direction d’André Roumens, ingénieur en chef de Peugeot, avec un travail stylistique confié à nouveau à Pininfarina dans le prolongement direct de la 404. Le dessin est attribué à Aldo Brovarone, déjà responsable de la 404.

Le résultat est une berline aux lignes plus tendues que la 404, avec une ceinture de caisse plus haute, des phares ronds intégrés à la calandre et une silhouette générale plus dynamique. Le coffre prend une forme plus moderne, plus carrée, qui annonce les berlines des années 70. L’identité visuelle est forte, immédiatement reconnaissable, et la voiture obtient dès sa sortie un accueil critique très favorable.

Quelles innovations techniques ?

Le premier choix technique notable est l’adoption généralisée d’une suspension arrière indépendante à bras semi-tirés. Cette suspension, relativement complexe à mettre au point, donne à la 504 un comportement routier équilibré et un confort qui était cité dès la sortie comme l’un des meilleurs de sa catégorie. La direction à crémaillère et la suspension avant indépendante à jambes McPherson complètent un châssis cohérent, conçu pour avaler les longues distances dans de bonnes conditions.

Le moteur de base est un quatre cylindres en ligne XC7 de 1 796 cm³, qui développe environ 80 chevaux dans sa version carburateur et autour de 103 chevaux en version injection Kugelfischer. Une variante Diesel de 2 112 cm³ est introduite très tôt et trouve immédiatement un marché auprès des taxis et des flottes professionnelles. En 1974, la berline reçoit une motorisation V6 PRV de 2 664 cm³ et 136 chevaux pour les versions Coupé et Cabriolet, fruit de la coopération entre Peugeot, Renault et Volvo.

Peugeot 504
Peugeot 504
Pourquoi le mythe africain ?

L’Afrique a constitué pour la 504 un terrain d’expansion industrielle et culturelle qui dépasse largement la simple commercialisation. Plusieurs pays africains ont accueilli des chaînes d’assemblage local : le Nigéria (PAN, Peugeot Automobile Nigeria, depuis 1975), le Kenya, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie. Au Nigéria, la production a continué jusqu’en 2006, soit trente-huit ans après le lancement français.

Cette implantation profonde n’aurait pas été possible si la voiture n’avait pas été techniquement adaptée. Garde au sol importante, suspensions souples, mécanique simple à entretenir, accessibilité des pièces : la 504 cumulait tout ce qu’il fallait pour servir comme taxi, voiture officielle, transport collectif ou véhicule familial dans des conditions de route difficiles. Pendant plusieurs décennies, la 504 a été tellement présente dans les rues de Lagos, Nairobi, Dakar ou Abidjan qu’elle est devenue un élément du paysage urbain quotidien.

Le saviez-vous

En 1977, deux 504 préparées par l’équipe Peugeot ont remporté le Rallye London-Sydney, l’un des plus longs rallyes-marathons jamais organisés (environ 31 000 km). La première, conduite par Andrew Cowan, est classée première en catégorie diesel. La deuxième, conduite par Hannu Mikkola, est classée première en catégorie essence. Aucune voiture du peloton n’a abandonné, et la fiabilité mécanique des 504 a impressionné l’ensemble du paddock. Cette double victoire a déclenché une vague de commandes au Royaume-Uni et en Australie.

Quels succès en rallye ?

La 504 a connu une carrière sportive très complète, principalement en rallye-raid et en endurance africaine. Elle a remporté le Safari Rally en 1975 avec Ove Andersson et Arne Hertz, puis à nouveau en 1976 avec Hannu Mikkola, démontrant sa résistance dans des conditions extrêmes. Ces victoires consacrent la réputation de robustesse de la voiture en milieu hostile et renforcent son statut commercial sur le continent.

Plus largement, la 504 a été engagée dans plusieurs rallyes-marathons (London-Sydney 1977, traversées d’Afrique privées) et plusieurs rallyes de tourisme européens. Son palmarès sportif, sans être comparable à celui d’une 205 Turbo 16 ou d’une 905, suffit à inscrire la 504 dans la mémoire des passionnés de rallye-raid.

Que vaut une 504 sur le marché de la collection ?

Les prix sont très contrastés selon les versions. Une berline standard en bel état d’origine s’échange entre 6 000 et 15 000 euros, avec une légère tendance haussière depuis quelques années. Les versions injection essence sont les plus recherchées par les amateurs de conduite. Le break Familiale reste accessible et constitue un excellent choix pour qui veut un usage régulier en collection.

Les versions Coupé et Cabriolet Pininfarina ont en revanche atteint des niveaux nettement plus élevés ces dernières années, autour de 30 000 à 60 000 euros pour un Coupé V6, et davantage pour un Cabriolet bien conservé. Ces variantes sont devenues des objets de collection à part entière. Avant tout achat, mieux vaut s’assurer de l’état de la coque (bas de caisse, passages de roue, coffre) et de l’historique d’entretien, et privilégier les voitures d’origine plutôt que les restaurations approximatives.

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