Le coup de crayon de Pininfarina sur base 504. Élégance italienne, mécanique française, allure intemporelle.
Salon de Genève, mars 1969 : six mois après la berline 504, Peugeot dévoile son 504 Coupé. Dessiné par Pininfarina, assemblé à Turin dans les ateliers de la maison italienne, motorisé d’abord par le 1.8 injection puis par le V6 PRV à partir de 1974, il sera produit jusqu’en 1983 à environ 27 000 exemplaires. Pas une sportive, pas une berline non plus : un coupé statutaire dans la tradition italienne du grand tourisme, appliquée à une mécanique française. Voilà l’histoire d’une voiture qui n’a jamais cherché à être rapide mais qui voulait être belle, et qui le reste cinquante ans après.
Carte d’identité
Production
1969 – 1983 (assemblage Pininfarina, San Giorgio Canavese, Italie)
Style
Pininfarina
Moteurs essence
4 cyl. XC7 1.8L injection Kugelfischer (103 ch) / V6 PRV 2.7L (136 ch) à partir de 1974
Transmissions
Boîte 4 puis 5 rapports manuels / Auto ZF 3 rapports en option
La logique commerciale est claire dès le départ. Peugeot a confié le style de toute la gamme 504 à Pininfarina, et le contrat prévoit la possibilité de dériver plusieurs variantes de carrosserie. Un coupé et un cabriolet sont à l’étude dès la fin du projet 504, avec l’objectif de proposer une déclinaison plus statutaire et plus haut de gamme que la berline familiale. Le segment des coupés français est dynamique à la fin des années 1960, avec la Citroën DS Coupé Chapron, la Renault 15 et la Simca 1100 Coupé qui complètent une offre en croissance.
Le projet est rapidement validé et confié à Pininfarina non seulement pour le style mais aussi pour la production. Les coupés et cabriolets 504 sont en effet assemblés à San Giorgio Canavese, dans la nouvelle usine Pininfarina près de Turin, sur des plates-formes envoyées par Peugeot depuis Sochaux. Cette organisation explique le positionnement prix nettement plus élevé que celui de la berline.
Qu’est-ce qui rendait le dessin si particulier ?
Le travail de Pininfarina sur le 504 Coupé tient en quelques décisions clés. La ligne de toit est tendue d’un seul jet depuis le pare-brise jusqu’à la lunette arrière, sans rupture, ce qui donne à la voiture une silhouette fluide et basse. La ceinture de caisse est volontairement haute, ce qui réduit la surface vitrée et accentue l’aspect cocon de l’habitacle. Les flancs sont plats, sans nervure inutile, et seul un léger creux dans la portière vient rompre la monotonie sans charger le dessin.
Les détails sont soignés. La calandre noire à deux phares ronds, encadrée par une fine baguette chromée, donne une face avant immédiatement reconnaissable. Les feux arrière, intégrés dans le bandeau noir entre les ailes, jouent sur l’horizontalité. Les passages de roue, légèrement bombés, équilibrent la masse visuelle. L’ensemble dégage une présence statutaire sans excès, dans la tradition italienne du style appliqué à une berline française.
Peugeot 504 Coupé
Quelles motorisations ?
À son lancement en 1969, le 504 Coupé reprend le quatre cylindres XC7 de 1 796 cm³ de la berline, en version injection Kugelfischer développant 103 chevaux. Cette motorisation, fluide et bien adaptée à un usage routier, donne au coupé des performances honnêtes : vitesse de pointe d’environ 175 km/h, 0 à 100 km/h en environ 12 secondes. Pas une sportive, mais une vraie voiture de voyage.
La grande évolution intervient en 1974 avec l’arrivée du moteur V6 PRV de 2 664 cm³, développé en coopération entre Peugeot, Renault et Volvo. Ce V6 à 90 degrés, peu apprécié dans certaines applications (Renault 30, Volvo 264), trouve dans le coupé 504 un emploi plus heureux. Avec ses 136 chevaux dans cette configuration, il porte la vitesse de pointe à 190 km/h et améliore significativement le confort à hautes vitesses. C’est cette version V6 qui est aujourd’hui la plus recherchée par les collectionneurs.
Le saviez-vous
Le V6 PRV des 504 Coupé est l’ancêtre direct de celui qui équipera la DeLorean DMC-12 en 1981, et qui apparaîtra dans la trilogie Retour vers le futur. Le même bloc, dans une version turbo, a aussi été utilisé sur la Renault Alpine A610 et la Venturi 260 Atlantique. Trois moteurs au caractère très différent, mais qui partagent la même architecture conçue à l’origine pour le marché de la berline statutaire française.
Pourquoi un volume de production aussi modeste ?
La production totale du 504 Coupé, sur l’ensemble de sa carrière 1969-1983, atteint environ 27 000 exemplaires. C’est un volume nettement plus modeste que celui de la berline (plus de 1,7 million d’unités sur la même période). Le cabriolet, produit en parallèle, n’a totalisé qu’environ 6 000 exemplaires, ce qui en fait l’une des Peugeot d’après-guerre les plus rares.
Ces volumes faibles s’expliquent par le positionnement haut de gamme du coupé, par son prix plus élevé que celui de la berline (environ 30 % de plus à l’époque) et par sa fabrication semi-artisanale à Turin chez Pininfarina, qui limitait la capacité de production. La conséquence aujourd’hui est une rareté relative du modèle sur le marché de l’occasion, qui s’est traduite par une appréciation progressive de la cote au fil des années 2010 et 2020.
Que vaut un 504 Coupé aujourd’hui ?
Les prix ont sensiblement progressé au cours des dernières années. Un 504 Coupé V6 en bel état d’origine s’échange aujourd’hui entre 30 000 et 60 000 euros, avec des pointes au-delà pour les exemplaires exceptionnels. Les versions quatre cylindres injection restent un peu plus accessibles, autour de 20 000 à 35 000 euros, et constituent une excellente porte d’entrée. Les cabriolets, beaucoup plus rares, atteignent des niveaux supérieurs, fréquemment au-delà de 80 000 euros.
Avant tout achat, l’état de la coque est le point le plus critique. Comme tous les coupés italiens à carrosserie soignée, le 504 Coupé n’aimait pas l’humidité. Les voitures qui ont vécu dehors présentent souvent des défauts cachés au niveau des bas de caisse, des passages de roue et du tour de la lunette arrière. La mécanique est en revanche durable, à condition que le V6 PRV ait été correctement entretenu, notamment au niveau des courroies, des paliers et du système d’injection. Mieux vaut viser une voiture suivie en réseau spécialisé qu’une bonne affaire apparente.